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	<title>Archives des Excursions psychiques - Psyhumaniste</title>
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		<title>Rencontre avec son vrai self</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 18:19:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet autre, étrange, qui est soi Excursions psychiques Quand notre changement bouscule l’autre Un élargissement de soi commence souvent par des changements subtils ; on penserait que les autres ne les remarqueraient même pas, sauf de savoir à quel point chacun est sur ses gardes du moindre changement chez les autres. Et cela pour la [&#8230;]</p>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default"><i>Cet autre, étrange, qui est soi </i></h2>				</div>
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									<p><em><span style="text-decoration: underline;">Excursions psychiques</span></em></p>								</div>
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									<h2><span style="color: #eb6f28;"><strong>Quand notre changement bouscule l’autre</strong></span></h2><p>Un élargissement de soi commence souvent par des changements subtils ; on penserait que les autres ne les remarqueraient même pas, sauf de savoir à quel point chacun est sur ses gardes du moindre changement chez les autres. Et cela pour la raison que nous nous régulons instinctivement. Nous nous ajustons de la façon la plus commode ou la moins incommode les uns par rapport aux autres, et gare si ils changent  !</p><p>Nous sommes des états émotionnels variables qui nous promenons dans la vie, pour beaucoup, à tendance anxieuse. La moindre modification peut déstabiliser les équilibres précaires. Si je suis plus bas que toi en certains traits et que ta confiance en toi s’en sert pour se stabiliser, tu vivras ma plus petite croissance comme une menace. Tu tenteras de me rendre à mon état antérieur avec un instinct sûr pour me blesser et me dissuader. Mais pour peu que ce trait s&rsquo;affirme chez moi en dépit de tes efforts, c’est une opportunité pour toi de t&rsquo;y adapter, voire même de t&rsquo;y appuyer pour dépasser tes propres conflits et limitations intérieurs.</p><h2><span style="color: #eb6f28;">Rester attaché au “moi connu”, même lorsqu’il fait souffrir</span></h2><p>Ces changements sont tout aussi déconcertants, voire inquiétants pour la personne en laquelle ils se produisent. Il y a l’appréhension de quitter le “moi connu” qui, s’il est dysfonctionnant, est souvent calculé à travers l’équation : “familier donc préférable”.</p><p>Cela vient en miroir de ce qui se produit dans l’attachement à un parent déficient. Mieux vaut celui-là que les abysses d’un monde où on en serait privé.</p><h2><span style="color: #eb6f28;">La thérapie, espace mystérieux de transformation</span></h2><p>En thérapie, on apprend à rencontrer des parties de nous, jusque là… non pas inconnues, car elles ont toujours été là,  mais enfouies et ignorées. Ces rencontres ont lieu par la médiation de la praticienne, dont la fonction est l&rsquo;ouverture au changement et à la nouveauté d&rsquo;être. Ce qu&rsquo;elle est au cabinet, la praticienne ne l’est peut-être pas forcément autant dans sa vie personnelle, d&rsquo;ailleurs. Dans l’espace sécurisé du cabinet (réel ou virtuel), le cadre thérapeutique, sous tous ses aspects : théorique, pratique ainsi que la posture de la thérapeute, sont architecturés pour l’accueil inconditionnel et sans jugement des parties du moi de la personne qui consulte. Le danger de représailles, ou même d&rsquo;étonnement face au changement y est écarté. Et c&rsquo;est en cela que l&rsquo;espace de la thérapie constitue réellement un espace où tout est moins serré. Il y a un goût d’éternité dans le temps et un goût d’infini dans le lieu.</p><p>Analysé et analyste sont sous le coup de règles différentes de celles qui président aux relations habituelles et expérimentent une forme relationnelle à la plasticité bien supérieure. Cet espace est un laboratoire d&rsquo;où de nouveaux principes vont émerger, que la personne va pouvoir oser à l’extérieur. C’est un encouragement à tenir bon dans l’affirmation de ses parts émergentes, malgré la désapprobation que les autres peuvent manifester, et cela, qu&rsquo;ils le fassent de la façon la plus franche ou à la manière la plus fine et indécelable. Peu à peu,  une habituation se fait pour autrui, mais également pour soi.</p><h2><span style="color: #eb6f28;">L’étrangeté de rencontrer son vrai self</span></h2><p>Ces facettes du moi qui semblent nouvelles préexistent à leur découverte. Ce qui se faisait sentir auparavant de manière aveugle et sourde est à présent visible et sonore, ce qui donne à la personne un sentiment d’étrangeté. Elle se demande : “Celle qui a dévoilé ainsi ses sentiments, celui qui vient de dire non de cette voix affirmée, est-ce vraiment moi ?”  On s&rsquo;en méfie et la confiance à leur accorder se conquiert peu à peu. Éprouver cette circonspection envers soi-même permet de tempérer notre critique des autres qui ne l’acceptent pas d’emblée. On réalise qu&rsquo;il y a un apprivoisement à faire, y compris de nous à nous.</p><p>Etant donné qu’en thérapie, nous sommes soutenus avec patience dans cette acceptation, nous sommes inspirés à résister à certaines tentations régressives : nous servir de la réaction des autres comme preuve que notre affirmation est inconvenante, ou comme prétexte pour nous rejeter nous-mêmes dans le refuge étouffant mais familier de nos névroses.</p><h2><span style="color: #eb6f28;">Se connaître, s’aimer, s’accepter : la vie est une thérapeute</span></h2><p>Si la thérapie est une voie de choix vers cette réalisation, elle n&rsquo;est pas la seule, loin de là. La vie regorge de thérapeutes sous des formes humaines, animales, végétales, créatives, spirituelles, sous forme de mouvements et même d&rsquo;objets. Les uns n&#8217;empêchent pas les autres. La thérapie est une amorce, une inspiration pour un déploiement tout au long de la vie ; un espace infini à créer et à co-créer.</p><p><em><a href="https://www.psyhumaniste.com/a-propos/">Sylvie Arditi</a></em></p><p><!-- notionvc: e875f051-3e00-4d1b-83a5-a0d8f2305b39 --></p>								</div>
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									<p>En savoir plus sur <a href="http://psyhumaniste.com">mon accompagnement</a></p>								</div>
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		<title>Imagination exaltée : notre time-lapse intérieur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 16:16:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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									<p>« On passe trop de temps sur les réseaux sociaux ! ». On dit tous, ça. Vaste constat. Trop vaste.</p><p>Dans ce texte, je vais mettre le doigt sur un petit mécanisme, un petit chausse-trappe des réseaux, à l’endroit pile où une disposition intérieure fragile que nous pouvons avoir, se trouve face à une configuration extérieure redoutable qui l’exploite. À mon sens, nous concentrer sur un point actif et le travailler est plus réaliste que de batailler contre un adversaire diffus, ultra-complexe et bien trop grand pour soi, comme les réseaux sociaux dans leur vaste ensemble.</p><p>Si l’on prend les réseaux sociaux sous l’angle de pièges qu’ils recèlent, j’en ai donc repéré un petit, mais pas des moindres, qui s’appelle le time-lapse. Le time-lapse, d’après Wikipédia, date de la fin du XIXe siècle, et des débuts du cinématographe. C’est une séquence d’images animées, qui résume une action, tout en en détaillant soi-disant chaque étape. En « mesure time-lapse », faire un gâteau prend 10 secondes, rénover sa salle de bain soi-même, une minute. L’exigence pour les influenceurs d’Instagram ou TikTok, de captiver leur public dans le temps le plus court possible fait exploser la présence des time-lapses sur les réseaux sociaux. Un véritable avènement ! Ces modules qui paraissent innocents, voire ludiques, et qui se posent même en source d’inspiration représentent cependant un danger pour les personnes dont l’imagination tend à s’exalter.</p><p>L’imagination, c’est génial. Nos représentations imaginatives sont les flèches plantées dans l’avenir, nous indiquant vers quoi tendre tous nos efforts. Mais c’est une fonction fragile, car c’est le premier espace dans lequel se réfugier lorsqu’il est difficile de faire face à la vie, un monde inépuisable de promesses.</p><p>L’imagination peut s’emballer, de plusieurs manières. Ce qui nous intéresse ici, c’est le pas qu’elle peut prendre sur le réel : quand l’imagination remplace l’action, et de façon tellement plus séduisante, qu’elle peut aller jusqu’à l’empêcher totalement. En imagination, tout se réalise comme par magie. Le couronnement n’est alors plus celui des efforts, mais une réparation des frustrations, une récompense gratuite des efforts que l’on n’a pas fournis. Dans sa négociation avec sa conscience, l’imaginatif exalté se persuade que ses chimères sont des projets, qu’il se fera fort de les accomplir. L’extase se paye ensuite par un douloureux réveil dans une réalité vide, qui justifie de se hâter de remettre le film imaginatif en route : une drogue toujours disponible.</p><p>Et voici maintenant cette personne sur Instagram, devant une profusion de time-lapses : en miroir, ils sont une version stéréotypée de sa fonction imaginative ; ils en imitent les séquences d’où toute friction, tout obstacle sont expurgés ; en imagination comme en time-lapse, plus de sensations désagréables, ni d’effort à fournir, aucune résistance, pas d’attente, pas d’adversité, rien n’entrave la réalisation du projet. Le résultat est rapide et hautement satisfaisant. Cachant bien leur jeu, les time-lapses se présentent comme des sources d’idées et d’inspirations. Il est possible d’y mettre des signets et de se créer des collections « d’intentions », c’est-à-dire des hallucinations de projets, qui semblent rendre hommage à ce qui seraient « nos potentialités » : dans l’absolu, on pourrait réellement « confectionner des raviolis japonais en forme de poisson rouge, tricoter un pull à 5 aiguilles et même construire une tiny house (ça prend 35 secondes) ». Or, s’entretenir au mode conditionnel sur toutes les compétences qu’il serait possible de développer (poterie, couture, mécanique, sculpture, origami, raviolis…) c’est régresser à un stade de développement immature, à l’âge « béni » de tous les possibles, où la réalité ne nous avait encore imposé de renoncer à aucun. Pourtant, loin de s’en trouver élargi, le champ des possibles est alors réduit au plus petit trou de l’entonnoir ; un écran de la taille d’un confetti où, dans la fixité du regard, les potentialités réelles se dilapident.</p><p>Si l’imaginatif exalté se laisse capturer par ce processus (séduisant car si familier) le risque ultime est qu’il renonce de son plein gré au dernier effort qui lui restait à faire : produire ses propres images mentales, ses propres rêves ! Les time-lapses sont des bernard-l’hermite, qui délogent les mondes fantasmés des êtres pour squatter leurs esprits.</p><p>Le time-lapse, c’est un montage sélectif de plans « idéaux ». Voici quelques images ayant pu être censurées par le monteur bien intentionné :</p><p>Plus de beurre ; grosse flemme j’hésite à renoncer, mais je descends, mon fils a vraiment envie de ce gâteau au chocolat ; le magasin est fermé, dépitée, je croise la nouvelle voisine qui m’invite à lui en emprunter ; finalement elle n’en a plus non plus, mais m’offre un café. On découvre qu’elle est amie avec ma cousine ; nous lui envoyons un message dans l’idée de dîner toutes les trois. J’essaye du yaourt de soja à la place du beurre, le gâteau ressemble à du flan, m’ayant vue faire tous ces efforts, mon fils ne sait pas comment me dire que c’est dègue. Il est trop drôle à avaler chaque bouchée avec une grande rasade de grenadine me glissant avec un tact de politicien qu’il aimerait bien goûter celui avec du beurre, demain, histoire de comparer.</p><p>Les images coupées du time-lapse, ce sont les délices de l’existence ; ceux que cherchent à récupérer beaucoup des personnes qui viennent en thérapie.</p><p><em>Sylvie Arditi</em></p><p>Inspiré de <em>La Psychologie de la motivation</em> de Paul Diel</p>								</div>
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		<title>Les liens en thérapie. Associations de bienfaiteurs</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 16:05:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Excursions psychiques Je vous propose une excursion dans la thérapie, par laquelle on relie des rives fragmentées par des liens retissés. De l’une à l’autre, sans relâche, nous avançons sur des fils, des ponts suspendus, des liens. Des liens, des liens ! Une multitude de liens se recréent : entre de lourdes valises du passé et des [&#8230;]</p>
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									<p><span style="text-decoration: underline;">Excursions psychiques</span></p><p><em>Je vous propose une excursion dans la thérapie, par laquelle on relie des rives fragmentées par des liens retissés. De l’une à l’autre, sans relâche, nous avançons sur des fils, des ponts suspendus, des liens.</em></p><p>Des liens, des liens ! Une multitude de liens se recréent : entre de lourdes valises du passé et des difficultés du présent ; parfois entre des choses qui semblent n’en avoir aucun ; des correspondances évidentes que l’on ne fait pourtant pas, d’autres qui semblent improbables à première vue ; une colère qui flambe ici, un vieux silence là-bas, un choc ancien, un découragement à finir, une mère absente, un serment secret, une insoutenable irritation au présent. Ces liens en thérapie sont indiscutablement agissants, mais comment ? Voilà ce que je vous propose d’explorer.</p><p>Lors d’un cours sur le trauma, le Dr Pierre Canoui, a placé les associations en symétrie avec la dissociation d’origine traumatique. Entre associations et dissociations, il y a un lien de complémentarité, évident. Étrangement, je ne l’avais pas encore fait. (C’est souvent le cas des liens, ils sont là devant vous, vous les voyez sans les voir jusqu’au jour où ils vous saisissent vraiment.)</p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">Dissociation et blessures anciennes</h2>				</div>
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									<p>La dissociation* est une division intérieure à laquelle l’organisme a recours pour protéger son intégrité lors d’une situation vécue comme un danger vital_pour le corps ou l’âme_. Une part vulnérable et blessée est isolée pour permettre à l’ensemble de continuer d’avancer, de se développer, de vivre. Surtout lorsque l’événement survient dans l’enfance, et que l’entourage adulte ne peut ou ne sait pas aider à l’intégration des affects qui en découlent, même quand cet entourage en est la source ou le facteur aggravant, nous assignons notre part souffrante à l’isolement ; elle devient circonscrite, évitée, réduite au silence, et cela, aussi bien pour la protéger que pour éviter que par ses plaintes, ses exigences et la tendance qu’elle développe ensuite à se victimiser, elle pénalise le reste de nous qui aspire à avancer.</p><p>Cette partie non soignée, maintenue dans l’ombre de la perception, ne grandit pas. Au fil du temps, sa souffrance s’accroît et cela, qu’elle la sente ou qu’elle ne la sente pas ; car une fausse indifférence peut s’installer, qui n’en est pas moins souffrante mais d’autant plus ignorée. L’organisme a besoin d’une énergie folle pour contenir les émotions ou gérer celles qui explosent. Il doit convoquer et générer de plus en plus de parties internes, ayant des rôles de plus en plus complexes et superlatifs les uns par rapport aux autres. La fragmentation est en œuvre.</p><p>Plus elle est mise à l’écart, plus la partie blessée devient envahissante, soit de façon manifeste, par des réactions et des émotions incontrôlables, soit, si elle a été bien assommée, elle peut devenir un poids à traîner en permanence, lourd et inerte comme un cadavre dans une valise. Les efforts internes pour l’évincer peuvent tourner à la haine contre soi et même, à la violence intérieure.</p>								</div>
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												<figure class="wp-caption">
										<img decoding="async" width="612" height="445" src="https://www.psyhumaniste.com/wp-content/uploads/2026/04/Chiharu-Shiota-QAGOMA-2022.webp" class="attachment-large size-large wp-image-327" alt="" srcset="https://www.psyhumaniste.com/wp-content/uploads/2026/04/Chiharu-Shiota-QAGOMA-2022.webp 612w, https://www.psyhumaniste.com/wp-content/uploads/2026/04/Chiharu-Shiota-QAGOMA-2022-300x218.webp 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" />											<figcaption class="widget-image-caption wp-caption-text">Chiharu Shiota</figcaption>
										</figure>
									</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-22cec1b elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="22cec1b" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
									<p>Une fois adulte, la personne a généralement la capacité potentielle de prendre en charge cette partie et de la soigner, mais elle a perdu le chemin vers elle. Les lignes de communication ont été endommagées au point de se rompre. C’est souvent dans cette configuration que la personne vient demander de l’aide aux thérapeutes.</p><p>Il se peut qu’elle ait perdu de vue les scènes originelles de ce désordre, ainsi que d’autres scènes « de confirmation », survenues plus tard (qui sont venues confirmer la croyance que la partie souffrante est nuisible). Reste la lutte intérieure, épuisante, et ce déséquilibre qui fait risquer un nouveau traumatisme à chaque instant, même à partir d’événements mineurs, dont la dangerosité est proportionnelle à la fragilité de la personne, ce qui brouille de plus en plus les pistes.</p>								</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-65e1817 elementor-widget elementor-widget-heading" data-id="65e1817" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="heading.default">
					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">La dissociation effiloche les liens</h2>				</div>
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									<p>Parmi les liens endommagés, il y a les relations de ces différentes parties entre elles, qui sont en conflit intime et aussi, les liens temporels. Le passé a pu devenir lointain, étranger à la personne, comme si elle ne l’avait pas elle-même vécu. À l’inverse, elle n’a parfois plus aucune distance émotionnelle avec sa blessure qu’elle revit au présent lors de réactivations. Souvent, sans conscience des liens qu’il y a entre les vécus et les revécus.</p><p>Voici donc, esquissé, et du point de vue de l’éprouvé, ce que peut être la dissociation. Avec (au moins) une partie isolée, très douloureuse, à laquelle il suffit parfois d’un rien qui évoque l’accident émotionnel d’origine, pour réveiller un stress intense.</p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">Associer pour retisser les liens intérieurs</h2>				</div>
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									<p>En séance, nous faisons donc des liens, patiemment. Comme des tisseuses et des tisseurs, nous arpentons diverses dimensions, allons d’une rive à une autre sur différents plans : temporel, géographique, sensoriel, émotionnel, imaginaire…</p><p>Nous naviguons entre les parties intérieures qui sont fâchées les unes avec les autres pour rétablir une ligne de communication, par un mot, un geste, un silence habité. Avec un matériel existant lavé, nous tissons une relation neuve au monde, dont la thérapie est l’antichambre. Nous le faisons jusqu’à mailler chaque association de façon suffisamment souple et suffisamment résistante pour tenir dans la durée.</p><p>Dissociation, associations. Ces sonorités s’entrechoquent dans l’infinie sagesse de leurs résonances partagées. La sagesse du langage, comme l’a nommée Paul Diel, exprime, confondante d’évidence, que la réparation de l’une a des chances de passer par l’autre.</p><p>*Les spécialistes parlent des dissociations au pluriel, il y en a de nombreux types, mais il n’est pas du propos de cette chronique de les développer.</p><p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Pour aller plus loin</strong></span></p><ul><li><a href="https://www.instagram.com/p/DU0KY9QDfo3/?img_index=7&amp;igsh=cHhnbm0wcmhpZHFn" target="_blank" rel="noopener">Un post Instagram pédagogique</a> pour se faire une idée de ce qu’est la dissociation</li><li>Boris Cyrulnik parle de <a href="https://www.santementale.fr/2016/09/la-memoire-traumatique-par-boris-cyrulnik/" target="_blank" rel="noopener">la mémoire traumatique</a></li><li><a href="https://www.youtube.com/watch?v=g7Rt5tivaoQ" target="_blank" rel="noopener">Les parties en soi selon le modèle IFS</a>, par son créateur Richard Schwartz.</li><li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_libre_(psychanalyse)" target="_blank" rel="noopener">Les associations libres en psychanalyse</a> avec lesquelles les associations dont je vous parle ont une filiation bien entendu</li></ul>								</div>
					</div>
				</div>
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		<title>Le spectacle de nos ressentis</title>
		<link>https://www.psyhumaniste.com/le-spectacle-de-nos-ressentis/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 15:40:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Excursion psychique autour d’une notion Hier, en sortant d’un spectacle, je ne savais pas si j’avais aimé ou pas. Est-ce que ça vous arrive ? Sur le coup, le show était étonnant, assez séduisant. Les codes étaient différents, parfois dérangeants ; j’avais ri, le public était en liesse, mais… Il y avait un mais. Mais quoi ? [&#8230;]</p>
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									<p><span style="text-decoration: underline;">Excursion psychique autour d’une notion</span></p><p>Hier, en sortant d’un spectacle, je ne savais pas si j’avais aimé ou pas. Est-ce que ça vous arrive ? Sur le coup, le show était étonnant, assez séduisant. Les codes étaient différents, parfois dérangeants ; j’avais ri, le public était en liesse, mais… Il y avait un mais. Mais quoi ?</p><p>Mon erreur était de me demander quoi penser. Dans ma tête UNIQUEMENT. C’est là la mécanique de la conformité : le cognitif pur s’encombre d’appréhensions sociales et de crainte du jugement.</p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">J’ai demandé à mon corps</h2>				</div>
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									<p>En psychothérapie humaniste, on apprend à cesser de lui signifier qu’il n’a pas son mot à dire et que le sacro-saint cerveau doit régner en maître. OK, le cerveau, c’est le boss, mais quel boss muselle-t-il ses équipes : le tyran.</p><p>De cette consultation, j’ai découvert avec étonnement que je me sentais un peu barbouillée (et même, très, plus j’y prêtais attention), comme après avoir mangé un aliment séduisant au premier goût, mais fake, pauvre en nutriments, frit dans une vieille huile, bref, lorsqu’on a infligé un truc douteux à son organisme. Fastfood, fast pleasure et relents de regrets.</p><p>Pour mon cerveau informé par mon corps, c’est devenu évident : l’humour s’articulait autour de pulsions basses, faciles, cruelles, la provocation était gratuite, le dérangement, de la simple « gênance, sans questionnement, ni réflexion qui puisse enrichir un point de vue. Ainsi informé par mes sens, mon cerveau a eu le « brief » pour que son raisonnement ne tourne pas à vide, mais bien dans un sens, et surtout, avec du sens.</p><p> </p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">Faire taire nos ressentis au profit du raisonnement cérébral. Pourquoi cette tendance ?</h2>				</div>
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									<p>Je trouve souvent que l’on traite son corps comme un petit enfant d’où ne pourraient sortir que des bêtises puériles. Peut-être parce qu’on ne nous a pas écoutés lorsque nous étions enfant, et que seule la parole adulte avait du crédit, dans notre construction psychique, notre corps endosse le rôle de l’enfant irréfléchi et notre cerveau, celui de l’adulte pénétré de sagesse et de savoir. Au lieu de coopérer, les deux entrent en rivalité, ou dans un jeu de domination frustrant-frustré.</p><p>On claironne que « la vérité sort de la bouche des enfants », mais n’est-ce pas pour mieux les faire taire ? Si on suit la métaphore, la vérité qui sort de la bouche du corps effraye : l’écouter conduirait à éradiquer toute réflexion et à nous faire faire n’importe quoi. Ce serait comme suivre les directives d’un singe !</p><p>Or, c’est précisément quand on les muselle que nos ressentis peuvent se mettre en rogne et nous faire passer à l’acte !</p><p>L’erreur d’appréciation vient du clivage corps-esprit. Comme si donner crédit à l’un aurait pour conséquence ou pour la nécessité d’éradiquer l’autre. Une partie du travail thérapeutique, c’est de découvrir la coopération. D’expérimenter ce qu’ils peuvent s’apporter d’intelligence et de sensibilité, se faire confiance et se procurer de sécurité intérieure.…</p><p> </p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">Le corps, main dans la main avec l’esprit</h2>				</div>
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									<p>Sans la coopération avec le corps, la raison ne serait que du raisonnement, pouvant tourner à vide, hors de sens, une source d’erreur et surtout d’ennui.</p><p>Nos ressentis sont étonnants d’intelligence, de finesse. Apprendre à les écouter, c’est emplir sa vie de curiosité et de surprises. Tiens, que vais-je éprouver ? Comment ça va parler en moi ? Comment allons-nous nous arranger avec toutes ces données ?</p><p>Cette alliance est une boussole précieuse pour s’orienter dans la vie. Et un spectacle intérieur pour le coup passionnant.</p><p><em>Sylvie Arditi</em></p>								</div>
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		<title>Fragment d’analyse autour d’un scroll sur Vinted</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 12:10:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>—  « La prochaine fois, apportez-moi si vous le pouvez un instant, surtout fugace, où vous avez eu une bouffée émotive. Cela aura pu vous sembler anodin, mais c’est très parlant. Cela peut « monter » à la simple vue d’un visage, d’une photo, à l’idée de faire ou d’acheter quelque chose. — Mais… si c’est anodin, comme vous [&#8230;]</p>
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									<p>—  « La prochaine fois, apportez-moi si vous le pouvez un instant, surtout fugace, où vous avez eu une bouffée émotive. Cela aura pu vous sembler anodin, mais c’est très parlant. Cela peut « monter » à la simple vue d’un visage, d’une photo, à l’idée de faire ou d’acheter quelque chose.</p><p>— Mais… si c’est anodin, comme vous dites, cela ne mérite pas d’attention, si j’ai une réaction démesurée à propos d’une broutille, c’est simplement ridicule. Ma raison doit l’écarter.</p><p>— Votre réaction peut être insensée effectivement, mais il n’est pas insensé de vous introspecter à partir d’elle de façon active ! Au contraire. Il ne s’agit pas de la chose anodine en elle-même, mais de ce qu’elle peut symboliser et recouvrir. La chasser comme on chasse une mouche, c’est ce que l’on fait, mais le répit est bref, elle revient bientôt vous harceler, sous une autre forme. Les petites choses qui irritent peuvent sembler dérisoires, elles les sont en surface, ce qui ne l’est pas, ce sont leurs racines et leurs implications. Ce n’est pas à la chose qu’il faudra donner de l’importance, mais à ce qu’elle dit de vous. Notez-la sans vous juger pour avoir eu une réaction forte devant quelque chose de dérisoire. Prenez-la pour ce qu’elle est : un symptôme. Ce genre de microévènement passe vite, car votre système de valeurs est prompt à le refouler. Cela enflera et désenflera presque aussitôt, surtout si vous l’écartez à cause de cette impression de ridicule qui génère de la honte.</p><p>Paul Diel nomme extraconscient ce qui se situe hors du champ de la conscience. Il y distingue deux instances : le subconscient « lieu » des affects refoulés, et le surconscient, où se trouve ce qui, en nous, sait de façon sûre ce qui est authentique, aligné ; notre boussole intérieure. L’un comme l’autre est inaccessible à la conscience, mais contrairement à ce que l’on peut croire, le domaine de l’extraconscient n’est pas étanche. Telle une nappe souterraine en fusion, sa tension engendre des éructations, manifestes à la conscience, car, malgré une vigilance intense, l’effort pour la maintenir cachée ne peut être constant. C’est justement à l’occasion face à l’anodin que la garde baisse et que l’on a une chance d’attraper une réaction qui en a profité pour émerger.</p><p>Cela ressemble à une bouffée, une houle. Une sensation brève, aiguë et inappropriée, que l’on a vite envie de chasser. Soyez-y attentive.</p><p> </p><p>La fois suivante :</p><p>— Vous allez vous moquer de moi.</p><p>— Vous croyez ?</p><p>— Je faisais défiler des chemisiers sur le site Vinted, une des chemises m’a procuré ce que vous dites. Je me suis sentie coupable vis-à-vis de cette chemise ! Je me suis dépêchée de me débarrasser de cette impression. En continuant à scroller, c’est passé immédiatement. Et puis j’ai pensé à vous. J’ai remonté le fil et j’ai fait une capture d’écran. La voici. C’est ridicule.</p><p>— À tout moment, l’esprit délibère, à la vitesse de la pensée, c’est à dire, si rapidement que cette pensée est presque insaisissable. Lorsque vous scrollez à la recherche d’un objet, chaque image que vous voyez est classée par votre esprit dans les oui, non, peut-être. Et cela, après qu’il y ait eu une argumentation, un dialogue intérieur : trop ceci (cher, usé, salissant, froufrouteux…), pas assez cela (seyant, à ma taille, coloré…). Cette discussion intérieure, plusieurs voix y prennent part. La voix du désir, la voix du jugement social, la voix de la morale familiale, la voix de votre éthique, esthétique, plus ou moins influencées… L’impression que vous a donnée cette chemise est liée au fait qu’elle a généré en vous un conflit, une dispute entre ces voix.</p><p>— On ne va pas se disputer pour une chemise !</p><p>— Qu’a-t-elle, cette chemise ?</p><p>— Elle est bien, objectivement et pourtant… je la déteste et ça m’angoisse. C’est comme si je me sentais redevable envers elle… c’est une chemise de marque, à un prix intéressant.</p><p>— Quel mot mettriez-vous sur ce que vous ressentez ?</p><p>— Je ne sais pas, moi… Ingratitude !</p><p>— Ingratitude… envers qui ?</p><p>— Je pense à ma grand-mère et à ma mère… elles m’achetaient de beaux vêtements, et moi, je ne les mettais pas. Je préférais « des chiffons », comme elles disaient. Toutes deux s’y connaissaient en qualité, elles étaient couturières. Moi, j’avais l’impression d’avoir mauvais goût… que… quelque chose se perdait à cause de moi.</p><p>— Quelque chose ? Du goût ? De la qualité ?</p><p>— Si personne ne la choisit, la qualité va disparaître !</p><p>— Comment ça se produirait ?</p><p>— Les gens qui respectent la qualité, et qui fabriquent de belles choses perdront leur travail. Il n’y aura plus que des produits de merde sur terre, faits par des gens qui s’en foutent. Ça sera de la faute des gens comme moi.</p><p>— Cette image de chemise a réactivé une culpabilité très ancienne pour vous. Des accusations réellement utilisées par votre grand-mère et votre mère pour vous convaincre de porter ce qu’elles avaient choisi pour vous, ou alors, des accusations que vous avez extrapolées en tant qu’enfant, par le biais de votre imagination inquiète de leur amour. En une fraction de seconde, cette chemise vous a posé l’équation suivante : préférer des vêtements à votre goût plutôt que ceux choisis par votre grand-mère et votre mère = être coupable de la dégradation de la qualité du monde.</p><p>(Elle éclate de rire).</p><p>— Aujourd’hui, vous êtes hantée par le doute quant à vos qualités, celui-ci s’incarnant dans des objets symboliques sans rapport avec vos qualités réelles. Il se dissimule là un fantasme immature, la toute puissance de l’enfant : le moindre de vos choix aurait une influence décisive sur le devenir du monde.</p><p>— À table, quand j’étais petite, on me disait que j’étais responsable de la famine dans le monde si je ne finissais pas mon assiette.</p><p>— Qu’en pense l’adulte que vous êtes aujourd’hui ?</p><p>— Finir mes haricots verts, ça n’a pas cet impact sur le monde. Il y a d’autres choses à faire pour être utile. Ma grand-mère et ma mère voulaient faire de moi quelqu’un de bien.</p><p>— Et vous ?</p><p>— Moi aussi !</p><p>— Votre désir sincère de l’être s’est exagéré en un désir de perfection calqué sur ce que vous imaginez être cette perfection selon elles. Mais n’avez-vous pas une éthique profonde, en laquelle vous pourriez avoir confiance ? En essayant de plaquer vos actions sur votre vision de leur morale, vous inhibez vos qualités propres. Le monde…</p><p>— Je me trompe dans ma façon de m’en soucier !</p><p>— Et dans l’évaluation de vos limites. Mais, autre chose, êtes-vous certaines que le bien universel est tout ce que vous cherchiez en souhaitant désirer un vêtement conforme aux jugements de votre grand-mère et de votre mère. ?</p><p>— Je veux qu’elles m’aiment, qu’elles m’acceptent ! Qu’elles me trouvent bonne ! Et en même temps, je ne peux pas me forcer à aimer ce que je n’aime pas…</p><p>— Pour l’enfant, la mère représente le monde, son monde, entier. Parce qu’il vous a manqué l’approbation de votre mère, quant à l’être singulier que vous étiez, que vous êtes toujours, votre enfant intérieur a besoin aujourd’hui de l’approbation du monde entier.</p><p>— Mais je ne suis plus une enfant.</p><p>— Vous n’êtes plus une enfant. C’est en prenant la responsabilité de développer vos qualités réelles que vous contribuerez à la qualité globale. Et cela sera une simple contribution, dans les limites de vos possibilités. Et cela sera suffisant.</p><p>— J’avais tellement honte d’avoir eu cette réaction forte devant une chemise ! Maintenant, je sens l’inquiétude de cette petite fille, alors… voilà le problème avec les choses matérielles ! Quand on leur donne le rôle de nous rassurer. Eh bien ! Il va falloir faire le tri, ça promet tout un programme !</p><p><em>Sylvie Arditi</em></p>								</div>
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		<title>Into the wild : sur les traces des parents mythiques de Christopher McCandless</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sylvie Arditi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Apr 2026 12:05:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Excursions psychiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Excursion psychique aux pays des rêves et des symboles Excursion psychique à partir d’une œuvre Depuis l’article de Jon Krakauer en septembre 1992 dans le magazine Outside, consacré à la découverte, par un jeune couple, d’un cadavre dans un van désaffecté en pleine forêt d’Alaska, des millions de personnes se sont passionnées pour l’histoire de [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="172" class="elementor elementor-172">
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									<p><span style="text-decoration: underline;">Excursion psychique aux pays des rêves et des symboles</span></p><p><span style="text-decoration: underline;">Excursion psychique à partir d’une œuvre</span></p><p>Depuis l’article de Jon Krakauer en septembre 1992 dans le magazine Outside, consacré à la découverte, par un jeune couple, d’un cadavre dans un van désaffecté en pleine forêt d’Alaska, des millions de personnes se sont passionnées pour l’histoire de Christopher McCandless. J’en fais partie. Je l’ai approchée à travers le film de Sean Penn à sa sortie en 2007 et je le gardais depuis « dans un coin de moi ». À une brocante, je tombai sur le livre qui avait inspiré le film, Into The Wild, du même Jon Krakauer. Il devint mon livre de chevet, c’est-à-dire que je ne le lus pas, mais le gardai des années sur ma table de nuit dans l’intention de le lire de façon imminente.</p><p>J’attendais peut-être une certaine lumière pour éclairer cette lecture : la psychologie humaniste, dielienne, pour remonter sa trace à travers ses imaginations et ses symboles.</p><p>Jon Krakauer ne se contente pas de retracer pas à pas le périple d’un grand adolescent, qui, exalté par ses lectures, rompit tout lien avec sa famille pour poursuivre son rêve de liberté dans le grand Ouest américain et dont l’issue fut fatale : il sonde l’âme d’une personne particulière et ses motifs et il s’efforce de rétablir son droit à être compris et à la sollicitude, sans jugement. Christopher McCandless n’était ni le héros détenteur de vérité pour lequel une jeunesse, dégoûtée par la société, s’est pris de vénération sentimentale ni l’écervelé orgueilleux, le fils cruel, ayant eu l’outrecuidance de se mesurer à la nature sauvage contre toute raison, qu’une société bien pensante l’accuse d’être. Celui qui file comme le vent sans se retourner m’apparaît comme absolument sincère ; plein d’élan vital, en quête de sens, il tente de toutes se forces de guérir de ses blessures. Quelles sont-elles ? Si le livre parle des défaillances parentales comme genèse à la folie du projet de Christopher McCandless, elle ne fait que les effleurer. C’est un témoignage de sa sœur, publié en 2016, qui révèle à quel point la carence d’amour parental était grave. Derrière la façade de la famille brillante, régnaient des mensonges et une violence qui sont structurels de l’enchaînement vertigineux des faits. Son besoin d’être guidé chercha son chemin dans la littérature et son besoin d’être aimé, dans la nature sauvage.</p><p>Ce texte est une discussion autour de cette question qui s’est imposée à moi lors de ma lecture : L’espoir que Christopher McCandless a placé dans la littérature et dans la nature n’est-il pas qu’elles deviennent ses parents ?</p><p>Dans une première partie, je décrirai le climat dans lequel s’est déroulée l’enfance de Christopher McCandless, et de rendre compte de sa déception profonde. Puis je développerai mon hypothèse que le couple littérature et nature se soit substitué au couple parents défaillants dans le psychisme du jeune homme et comme les signes apparents d’autonomisation recouvrent la dimension cachée d’un effort de fusion.</p><p>Ma réflexion est structurée par la pensée de Paul Diel, basée sur la recherche des motivations inconscientes.</p><p> </p>								</div>
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">La filiation subie</h2>				</div>
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									<p>Quand Walt McCandless, un brillant ingénieur de la NASA, s’éprend de sa secrétaire Billie, il est déjà marié. Il construira une famille avec elle, sans jamais quitter son premier foyer dans lequel sont déjà nés deux enfants. La bigamie est flagrante, mais tous les protagonistes n’auront de cesse de la refouler, de crypter la vérité. Un troisième enfant naît de son premier lit trois mois avant Christopher. Entre ce dernier et Carine, un quatrième vient au monde. Trafic des dates de naissance et déni de paternité sauvent les apparences vis-à-vis d’une société dans laquelle Walt McCandless tient coûte que coûte à briller par sa réussite et son exemplarité. Mais sous le vernis de la famille idéale se joue une tragédie sans cesse renouvelée sur fond d’alcoolisme, faite d’accès de violence physique et morale au sein des deux foyers. Walt McCandless s’acharne tant sur ses femmes que sur les enfants, alternant la tyrannie avec des phases de largesse et de sentimentalité. Sitôt vécue, chaque scène de violence est systématiquement escamotée par des justifications accusatrices à moins d’être carrément niée. Christopher et Carine grandissent dans un climat de doute, d’insécurité, d’injustice et de culpabilité dont ils souffrent atrocement.</p><p> </p>								</div>
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												<figure class="wp-caption">
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									<p>Le chantage permanent, les menaces et la cruauté qui l’accompagnent terrorisent les deux enfants, qui se soudent indéfectiblement contre l’adversité. Très intelligents, ils prennent tous deux le chemin de la conscience dès leur plus jeune âge en s’appuyant chacun sur la confirmation de la perception de l’autre. Ils aiment leurs parents, aussi, entre les périodes de découragement, leur espoir renait toujours. Ils attendent désespérément d’eux qu’ils prennent conscience de leurs manquements et qu’ils y remédient. Les délits de Walt sont si flagrants ! Les enfants se persuadent que « cette fois, c’est bon, il va avouer, se rendre compte, changer ». Mais ils vont de déception en déception et, en grandissant, cet espoir se perd chez Christopher, perte qui s’apparente à de l’acceptation, mais qui est plus probablement de la résignation. La résignation est décrite par Paul Diel comme un refoulement dans le subconscient et elle s’accompagne de sombres ruminations. Chez Christopher, le désir d’harmonie demeure, mais se déplace vers une exaltation de l’esprit dont il puise l’inspiration dans la littérature. Ces lectures l’encouragent à condamner toutes les valeurs du père, symbolisées par le monde matériel et le déchaînement banal*.</p><p>Les seules occasions de trêve et d’entente familiale sont les vacances qu’ils passent régulièrement en pleine nature, comme si elle avait sur eux un pouvoir d’harmonisation. Aucune scène tragique ne s’y déroule jamais. Christopher, d’une grande vigueur et d’une grande détermination, s’y livre à des exploits qui font l’admiration de son père.</p><p>Billie, quant à elle, s’efforce d’être une bonne mère. Mais ses efforts sont corrompus par l’influence de son compagnon sur elle. Elle est dangereusement ballottée entre la loyauté envers lui et celle envers ses enfants, mais il l’emporte toujours. Elle a des accès d’autonomisation exaltée, où elle traîne ses enfants de visites immobilières en visites immobilières, leur jurant de divorcer pour les sauver de ce climat malsain, comme la première épouse parvint finalement à le faire avec les quatre siens. Les enfants l’encouragent et la soutiennent dans cette résolution qu’ils savent être la seule capable de les secourir tous. Mais Billie retombe systématiquement sous le contrôle de Walt, avec lequel elle refait alliance au point de se déchaîner à son tour contre ses enfants, de les violenter, de les accuser de tout ce mal qui advient par leur faute. Suite à quoi, en cuisinant frénétiquement, en décorant sa maison avec goût, en offrant des cadeaux et en traquant la poussière, elle se reconstruit une image de mère parfaite par laquelle elle pense se réhabiliter et se dédouaner entièrement, avant de repartir pour un nouveau tour dans la spirale infernale ? C’est dans un des moments où elle cherche à s’affranchir de Walt qu’elle « lâche » à Christopher que c’est d’être tombée enceinte de lui qui a érigé les murs de sa prison. Il serait donc la source du malheur de tous.</p><p>Bien plus tard, devenue mère à son tour et adulte, Carine fera un véritable travail d’acceptation et de résilience qui aboutira à une rupture avec ses parents, choisie et mature, par laquelle elle accédera à un chemin de paix. Mais c’est à l’âge de tous les dangers que Christopher consomme la sienne. En 1990, à vingt-deux ans, il décide de jouer à son tour une mascarade : faire croire à ses parents qu’il est devenu docile, mais cela, dans le seul but qu’ils n’entravent pas son projet de rupture définitive. Tout juste diplômé, il abandonne son brillant avenir derrière lui et, galvanisé par la littérature sociale et d’aventure, fonce dans sa Datsun Jaune, vers une liberté absolue, qu’il estime être seule digne de lui. Il est en colère contre ses parents et contre la société, il déborde d’amour et de désir pour la nature sauvage et la frugalité ; il est pressé de s’y perdre ; de vivre enfin. Quête et fuite sont deux pôles ambivalents qui, élucidés, auraient pu signaler dès le départ la dangerosité de sa motivation.</p><p>C’est deux ans plus tard, en septembre 1992, que le jeune couple le découvre, mort de dénutrition, aggravée d’empoisonnement, dans le van abandonné, en Alaska. Des pellicules photographiques et un journal permettent au journaliste, aventurier et écrivain Jon Krakauer de reconstituer pas à pas son histoire, de laquelle il s’est épris et dans laquelle il a reconnu des exaltations et des hersions qu’il a lui-même éprouvés. Krakauer attribue à la chance sa propre survie à ses objectifs, lesquels lui firent prendre les risques les plus fous pour ne pas y renoncer. Il déplore le manque de fortune qui fit payer si lourdement à Chris McCandless sa conduite à risque. Un peu plus chanceux, il aurait pu y survivre, s’en sortir mûri, capable de poursuivre sa vie sans mourir pour ses désirs. Combien d’adolescents, de façon moins légendaire, mais tous aussi absolue, s’expérimentent aussi dangereusement ? La quête de Christopher McCandless a ceci de particulier qu’elle ne s’attache pas à des substances illicites ou à de pratiques déviantes, au contraire, il s’adonne à la vie saine, à la nature, à la pureté, à la réflexion, et ce n’est que l’excès affolant avec lequel il les consomme qui produit leur effet toxique.</p><p>À peine parti, Christopher Mc Candless se rebaptise Alexander Supertramp ; préfixe de super héros accolé au mot « vagabond ». Il s’attribue ainsi un pouvoir. Les super héros sont des justiciers, et ils sont invincibles. Tramp (vagabond) nomme le pacte qu’il fait avec la frugalité, le refus du système, le rejet du confort. Tous les vagabonds ne le sont pas par choix, lui, si. Super+tramp. L’équation de l’appauvrissement matériel pris pour condition d’un enrichissement spirituel est censé accroître sa puissance au point que ce qui pourrait affecter d’autres personnes ne l’atteigne pas ou mieux, le renforce. Son effort de grandir a des allures de jeu d’enfant.</p><p>Il rompt, définitivement, pense-t-il, avec ses parents réels et leurs valeurs qu’il juge perverses et indignes de sa grande opinion de ce que devrait être la vie. Avec eux, il rejette la société, productrice des valeurs perverses qui ont corrompu le père, et, par dommage collatéral, il abandonne une sœur aimée, complice, à laquelle il a confié les plus sombres tourments de son cœur et ses projets de départ. Jamais plus il ne donnera de ses nouvelles à aucun d’entre eux.</p><p>Son esprit, encore trop immature pour n’être pas leurré, ignore qu’au lieu de l’indépendance à laquelle il pense accéder, il est de train de tomber sous le joug de la littérature et de la nature sauvage. Il se dispose à placer en eux toute sa confiance et ses espoirs. Il croit n’avoir besoin de personne, alors que c’est son manque d’amour et de lien, lié à la défaillance de ses parents, qui lui souffle ses engouements, ses idées fixes et ses choix.</p><p>Au fil des jours, Alexander Supertramp refoule sa filiation réelle de plus en plus profondément, et pour cela, il s’acharne à combattre en lui-même les traits de l’esprit pervers du père qui ne manquent de ressurgir autour de lui et en lui. Et c’est peut-être parce qu’il exalte ce combat, qu’il se délestera de toute chose matérielle au point d’exclure l’indispensable à la survie.</p><p>Il perd 14 kilos la première année.</p><p>Il s’enfoncera dans l’Alaska mal équipé, sans, presque, de nourriture.</p><p>Touchante est sa quête, but de toute vie, de trouver amour, vérité et bonté, qui, selon Diel, sont les trésors promis par l’harmonisation de nos désirs. Mais au fond, n’est-il pas surtout mû par un désir de rapprochement, jusqu’à la fusion, avec une version rêvée de ses parents ?</p><p> </p>								</div>
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												<figure class="wp-caption">
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					<h2 class="elementor-heading-title elementor-size-default">La filiation choisie</h2>				</div>
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									<p>Christopher a faim du père guide, du père esprit. Il cultive de longue date une passion pour la littérature. Jusqu’au bout de sa route, la lumière de ses auteurs de prédilection continuera de l’éclairer, bien que cet éclairage ait également été source d’obscurcissement de l’esprit : Jack London, Henri David Thoreau, Leon Tolstoï, Wallace Stegner……prônent la vie naturelle et sauvage qui trouve son comble dans le grand Ouest américain, la désobéissance civile, la révolte, l’ascétisme. « Alex » s’en remet à eux, envisageant leurs livres non comme des œuvres littéraires, produits de l’imagination, thèses plausibles sans être forcément réalistes : il les prend comme des guides à suivre à la lettre.</p><p>La société avide de biens matériels et ivre de réussite sociale, incarnée par le père réel, lui est, dans son entier, mensonge et injustice. Christopher a l’intuition très juste que la vraie réussite est intérieure. Fort de cela, il justifie ses propres mensonges et trahisons par le fait qu’ils œuvrent au service de l’honnêteté. Plus il transgresse, la loi, les frontières, l’identité, les valeurs paternelles, plus il se sent droit.</p><p>Ses biens matériels, symboles de la réussite perverse, il les abandonne. Il prend la perte de sa voiture, embourbée dans un terrain inondé suite à une de ses imprudences, pour un bienfait. Son argent, s’il cède parfois à la faiblesse d’en gagner ou d’en jouir, il se reprend vite et le distribue ou même, le brûle. Il se sent plus vivant dans la privation, qu’il pousse de plus en plus loin, allant jusqu’à se débarrasser aussi de la nourriture essentielle : des sacs de riz. Si peu qu’il ait, il en a toujours trop à ses yeux. On peut voir une forme d’ascétisme, peut-être même d’anorexie, dans ce refus de nourriture stimulé par une jubilation désespérée, un combat gagné ; une anorexie qui se dissimulerait sous l’alibi du manque, mais qui n’est que le résultat d’un refus.</p><p>Christopher a toujours généré de l’abondance. Au cours de son périple, l’abondance se manifeste à Alex Supertramp, sous forme affective, par de personnes qui s’éprennent de sa personnalité attachante, parmi lesquels un homme, un père dont la tragédie fut de perdre un fils. L’abondance se manifeste également sous la forme matérielle, par des cadeaux de ces mêmes personnes, et de petits boulots bien payés. Il dépense beaucoup d’énergie à repousser des affections et des biens impossibles à assumer, c’est à dire, il s’échine à triompher de la mère et du père pervertis en lui, auquel sans une extrême vigilance, il pourrait succomber.</p><p>Le premier acte de son aventure est de céder la totalité de ses économies, soit 24 000 dollars, à l’association Oxfam, en leur écrivant vouloir lutter contre la faim dans le monde. Cela montre l’agressivité qu’il nourrit contre lui-même, puisque, alors qu’il est révolté que des hommes puissent mourir de faim, il se laissera, lui, mourir de la sorte.</p><p>Pour le soutenir dans sa résistance, les mots, les livres. Ses rêves sont imprégnés de leurs idéaux comme si les écrivains étaient les véritables auteurs de sa vie. Par cette filiation, il s’approprie leurs paroles et leur esprit. En reprenant le flambeau de leur pensée et en se promettant de la mener plus loin qu’eux l’avaient fait, il se pose en digne héritier. Lui qui refuse toute loi, il obéit à la lettre à leurs principes, essayant d’incarner totalement certaines phrases qu’il souligne ou recopie avec ferveur, comme ce texte de Wallace Stenger « On ne devrait pas nier que la liberté de mouvement nous a toujours exaltés. Dans notre esprit, nous l’associons à la fuite devant l’histoire, l’oppression, la loi et ses obligations irritantes, nous l’associons à la liberté absolue, et pour trouver celle-ci, nous avons toujours pris le chemin de l’Ouest. »</p><p>Alex ignore à quel point, en désobéissant à une loi, il obéit à une autre. En refusant le chemin tracé par le père réel, il suit le chemin tracé par l’imagination des pères dont il se reconnaît. Dans sa précipitation, il néglige de remarquer que Jack London, à propos duquel il écrit en mai 1992 « Jack London est roi », a à peine mis les pieds en Alaska et qu’il est mort délabré, alcoolique, obèse ; Thoreau est retourné vivre chez ses parents ; Tolstoï se coupant du monde réel a fini enfermé dans sa pensée érigée en tour sans issue.</p><p>Le père-guide, lorsqu’il n’a que cette forme imaginaire, est l’esprit sous sa forme perverse. Au lieu de le guider avec bienveillance, de ménager des étapes à ce jeune esprit en construction, elle le contraint dans une loi implacable qui ne peut pas être aménagée.</p><p>Le symbole maternel est la terre. C’est dans les bras de la nature que Christopher réclame d’être accueilli. Pas n’importe quelle nature, mais la plus préservée de la civilisation, c’est-à-dire qu’elle serait une mère vierge de toute la corruption due au père. Dès que sa décision est prise de rejoindre la terre d’Alaska, il a hâte, il bout d’impatience et malgré les conseils qui lui sont prodigués, se fixe comme objectif de l’atteindre précocement dans la saison, au moment où elle est encore immaculée dans son manteau neigeux. Il est plein de la nostalgie de celle que sa mère aurait pu être. La force de son désir de nature est à la mesure de son espoir passé que sa mère échappe au pervertissement. Mais Billie ne parvint qu’à laisser périr son âme. Le besoin de Christopher s’est déplacé. En la nature il place son ultime espoir. Il a la certitude, à laquelle il restera fidèle jusqu’au bout, qu’elle ne pourra pas le décevoir. Le tracé de son existence consiste à s’approcher de plus en plus d’elle, d’y pénétrer seul, profondément et absolument et de s’abandonner avec elle à une relation exclusive. Pour cela, il prend soin d’ignorer cette vérité : aucun coin sauvage sur terre ne l’est plus vraiment, aussi profond que l’on soit enfoncé, la civilisation n’est qu’à quelques pas.</p><p>Les premiers temps de sa cavale, Alexander Supertramp ne semble pas avoir d’objectif géographique précis. Il lui suffit, dirait-on, de jouir de la rupture de toute attache. Lâché tel un élastique, c’est toujours à la nature qu’il va, mais au petit bonheur. Il est propulsé par l’euphorie de transgresser (passage illégal d’une frontière, campement dans des endroits interdits, ignorer les dangers indiqués par des panneaux, etc.). En chemin, il se fixe des objectifs accidentels, comme atteindre le Golf de Californie. Dès lors qu’il s’est déterminé, il n’en démord pas. « Il n’en démordait pas » est un terme plusieurs fois employé dans Into The Wild par des rencontres de McCandeless qui ont tenté de le raisonner, voire de le dissuader, ne réussissant qu’à resserrer sa mâchoire autour de la prise. Mordre son objectif, mordre la nature, mordre la mère idéale et ne plus lâcher son sein. Il est capable de se mettre en grand danger pour cela.</p><p>Puis le projet de l’Ouest émerge du fond de ses lectures, projet qui ne cessera plus de l’obnubiler. L’Alaska. Là est censée se trouver la vérité absolue annoncée par les pères-esprits littéraires. Alexander Supertramp se prend de sentimentalité pour cette terre, tel qu’il rompt brutalement avec chaque personne rencontrée qui, par attachement, amour, pourrait ébranler sa volonté. Parmi elles, une femme ayant été abandonnée par son fils. Mais au point où Christopher en est, son substitut maternel ne peut plus être humain.</p><p>Cette terre, bien qu’il la sache sauvage et dangereuse, il compte sur elle pour subvenir à tous ses besoins corporels, voire, pour l’épargner. C’est comme si elle devait lui rendre l’amour qu’il lui manifeste et le traiter de façon privilégiée, avec l’indulgence protectrice d’une mère. Il refuse les vêtements chauds que la femme abandonnée par son fils a préparés pour lui. Il souhaite se rendre en Alaska aussi dépouillé que possible. La dernière personne l’ayant pris en auto-stop témoigne qu’il s’est délesté d’affaires dans sa camionnette. Alexander Supertramp emporte avec lui une quinzaine de livres de littérature… et seulement 5 kilos de riz. Il n’a ni tente ni chaussures étanches. L’homme le force à prendre ses bottes en le déposant au bout de la piste Stamped, non sans avoir essayé de le dissuader de poursuivre. Il n’en démord pas. Nous sommes fin avril 92, l’Alaska est encore blanc de neige. Pur comme il le souhaitait.</p><p>Quelques jours après son entrée dans le monde sauvage, Supertramp accepte comme une véritable aubaine la découverte d’un van abandonné, et y élit domicile. Il l’appelle MAGIC BUS. Lui qui n’a pas voulu emporter de tente, il aurait pu dédaigner ce confort, mais, par un arrangement psychique, il a dû le considérer comme un don de la nature plutôt que comme un poison du monde matérialiste et corrompu.</p><p>Voici ce qu’il écrit le jour où il entre en territoire alaskien : « Aujourd’hui, j’ai enfin atteint le Grand Nord blanc de l’Alaska, l’endroit de ma naissance et du début de ma grande Odyssée. C’est l’aventure finale et la plus grande que je ne vivrai jamais. Je vais vivre dans la nature sauvage, loin de la civilisation et sans argent. Seul, sans le contrôle du gouvernement ni le poison de la société, je peux vivre authentiquement en esprit libre et dans l’ultime liberté. » Naissance, début, finale… à ceux qui se sont interrogés sur les intentions de Christopher McCandless, à savoir si sa pulsion était de vie ou de mort, je dirais que les deux sont intriquées. L’ambivalence est contenue dans un seul mouvement. Le désir de vivre, exalté par une utopie de re- commencement et d’effacement, est si excité qu’il ne peut que contenir son pôle inversé. Le désir de renaissance implique un retour au néant originel qu’on ne peut rencontrer que dans l’inanition. Peut-être y a-t-il aussi chez Christopher une conscience instinctive du risque mortel que comporte cette expérience extrême qui est de rejouer la scène originelle.</p><p>L’Alaska conjugue la double quête de Christopher, celle du père-esprit et celle de la mère nourricière, dont sa structure affective et psychique a été amputée. Les deux figures parentales, en guerre dans la réalité, seraient ici réconciliées autour du soutien à lui apporter. La nature apporterait l’essentiel à des besoins sous-estimés, lui permettant de devenir un pur esprit, nourri de lectures. Il y a là un désir à la fois régressif et de devenir adulte, de devenir lui-même l’esprit. C’est pourquoi je pense que Christopher désirait revenir parmi les hommes, guéri, remis au monde, mais aussi, il se savait psychiquement condamné par ses blessures.</p><p>Ses livres se révèlent insuffisants face à la réalité du monde sauvage. Il arrive trop vite au bout de son sac de riz. Malgré son endurance, son courage et ses compétences, le manque survient et les besoins de son corps deviennent impérieux. Il doit tuer pour se nourrir. Les photos où il pose à côté de ses proies, et le journal où il relate ses faits d’armes révèlent une grande ambivalence entre la fierté triomphante et la culpabilité d’avoir à tuer. Ses chasses sont maigres. Il perd beaucoup du poids.</p><p>Alexander Supertramp éprouve dans son corps que la nature mère, imaginairement prodigue et suffisante, indulgente quant à ses erreurs, n’a aucun état d’âme à son égard. Il veut croire quelque temps qu’un peu de baies et du petit gibier suffisent. Le jour où il parvient à tuer un élan, sa fierté est à son comble, mais la chair est détruite par une infestation de vers avant qu’il ait eu le temps de la fumer de la façon indiquée par les livres. Il s’accuse alors sévèrement pour le meurtre inutile qu’il a commis. Son corps affamé reflète sa faim d’âme. Il prend conscience que sa fusion avec la nature signifie la mort et ses écrits s’enfièvrent de regrets et d’un désir qui se révèle : l’inutilité de vivre le bonheur s’il n’est pas partagé. Il a l’élan de revenir parmi les hommes.</p><p>Mais il est trop tard, le lien est rompu. Cette rupture s’incarne dans l’impossibilité de retraverser la Teklania River. Celle qui était un gentil cours d’eau au printemps est à présent un flot tourbillonnant de courants, infranchissable. Si Christopher McCandeless avait possédé une bonne carte, il aurait vu qu’à quelques kilomètres de l’endroit où il est forcé de rebrousser chemin, il y a un passage. La civilisation est toute proche. Comme un enfant qui, fermant les yeux, croit qu’il annule le monde, Christopher McCandless s’est maintenu dans l’ignorance que le monde existe, pour croire à son rêve qu’il était l’enfant unique de la nature sauvage.</p><p>Son corps torturé ne laissera plus son esprit libre de penser à autre chose qu’à l’impératif de le sauver. L’intellect est au travail, mais la situation empire. La terre se fait plus privative et plus indifférente. Lui qui avait été si heureux d’échapper au poison de la société, et avait placé tant d’espoir dans l’authenticité de la nature, perçue comme forcément bienfaisante, finit par être empoisonné par elle. Il consomme une certaine plante indiquée par un de ses livres, qui s’avère être mortelle.</p><p>Son journal parle de faiblesse extrême, de piège, de peur, de souffrance, de terrible solitude. Supertramp prend la mesure de sa mortalité. Il cesse de jouer comme en témoignent le message de SOS qu’il place sur la porte du bus à destination des randonneurs, dont il espère à présent qu’ils passent par là, ainsi que la signature de ce document avec son nom de baptême. Christopher McCandless, sur sa dernière photo, pose, décharné et souriant, portant un mot d’adieu où il écrit avoir eu une vie heureuse. Sa sœur confirme lire la paix et la joie dans son regard sur ce cliché.</p><p>Avant son départ, il lui avait dit « C’est ça, la pureté de la nature. Elle est parfois dure à force d’honnêteté, mais elle ne te mentira jamais. »</p><p>Pour son honnêteté, il put sans doute pardonner à cette mère-là sa dureté et lui vouer jusqu’au bout un amour sans faille.</p><p>Une nuit vers la fin août 1992, sa mère de chair dit s’être réveillée en sursaut. Elle qui cherchait en vain son fils depuis deux ans vient de l’entendre l’appeler au secours. Christopher McCandless s’éteint autour du 20 août, recroquevillé dans le sac de couchage que Billie avait façonné pour lui.</p><p>Il a marché sur le fil, cherchant sa joie, et à assouvir sa faim particulière. La pureté, la fusion, la beauté, l’amour, l’absolu… il les a embrassés de tout son cœur, même si le baiser fut mortel. Son histoire fait vibrer une corde qui demeure en beaucoup d’entre nous, jeunes, sous forme fiévreuse, plus vieux, sous forme de nostalgie pour un absolu auquel on a renoncé, mais qu’on n’a pas tout à fait oublié. Comme un amour de jeunesse.</p><p>Le thème de l’intégration psychique de la parentalité défaillante, transformée en quête des parents mythiques, ne concerne pas que les enfants et les jeunes. C’est tout au long de la vie que ces figures, en creux ou en plein, se greffent sur des éléments de nos vies, nos désirs, nos choix et même quand la maturité advient, nombreux demeurent les aspects de nos vies qui nous sont soufflées par ces amours primitives.</p><p><em>Sylvie Arditi</em></p><p>*banalité : selon Diel, désinhibition totale des pulsions matérielles et sexuelles conduisant à l’abandon de l’esprit.</p><p><strong><span style="text-decoration: underline;">Bibliographie :</span></strong></p><ul><li><em>Into The Wild</em>, Jon Krakauer</li><li><em>Into The Wild</em>, Sean Penn (film)</li><li><em>Into The Wild, l’histoire de mon frère</em>, Carine McCandless</li><li><em>La Psychologie de la motivation</em>, Paul Diel</li><li><em>La Symbolique dans la mythologie grecque</em>, Paul Diel</li></ul><p>Travail mené à l’IFPM sous le tutorat d’Isabelle Canoui.</p>								</div>
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		<p>L’article <a href="https://www.psyhumaniste.com/into-the-wild-sur-les-traces-des-parents-mythiques-de-christopher-mccandless/">Into the wild : sur les traces des parents mythiques de Christopher McCandless</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.psyhumaniste.com">Psyhumaniste</a>.</p>
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