Le courant humaniste
Où le situer dans l’histoire de la psychologie ?
Cette chronologie a pour visée de replacer l’approche humaniste dans un contexte plus large, et de laisser percevoir son influence profonde, quant à la vision de l’homme, sur les courants qui ont émergé après lui.
Fin du XIXᵉ siècle : naissance de la psychanalyse, les pères fondateurs
Dans les années 1890, Freud ouvre la voie, suivi, au tournant du XXe siècle, de Jung, Ferenczi et bien d’autres. La cause de la souffrance est soudain (enfin !) vue autrement que morale ou biologique : elle peut provenir de l’inconscient, des expériences passées, des conflits psychiques. L’accent mis par Freud sur la pulsion sexuelle a marqué durablement le mouvement, mais le champ de la psychanalyse est bien plus vaste et riche que cela, heureusement ! Les cures, dans un cadre rigoureux, se pratiquent allongé et sont souvent longues, de plusieurs années à la décennie.
Première moitié du XXe siècle : dissidents et héritiers, une deuxième vague de psychanalystes
À leur suite, des penseurs comme Karen Horney, avec son concept de vrai self, Erich Fromm, qui met l’accent sur l’épanouissement humain, ou Alfred Adler — plus contemporain de Freud, mais en rupture avec lui — et son idée de sentiment d’infériorité. Ils annoncent une vision plus globale que l’on peut considérer comme préhumaniste.
Années 50, la thérapie comportementale apparaît
Elle découle de la théorie behavioriste, dont les précurseurs sont Watson et Skinner qui prend le virage du concret : on se concentre sur ce qui se voit et s’apprend. Le maître mot est l’observable et le mesurable. On agit sur les comportements problématiques en s’appuyant sur les principes de l’apprentissage.
Dans la même période, l’école de Palo Alto développe la thérapie systémique et la communication. Cette approche considère que le problème n’existe pas isolément, mais dans le contexte relationnel. Elle est portée par un même « air du temps » d’émancipation de la psychanalyse classique.
Années 50/60 : les approches humanistes font leur entrée en scène
Elles s’élaborent à la suite, mais aussi dans une critique de la psychanalyse et du behaviorisme. Leur crédo : l’humain au centre ! avec une vision positive et globale. Le problème ne vient pas d’une faute ou d’un défaut pulsionnel, mais d’un excès de souffrance et des défenses émotionnelles et psychiques saturées. Le lien thérapeutique devient essentiel.
Parmi les penseurs du mouvement, aux États-Unis : Carl Rogers, Abraham Maslow, Fritz Perls et la Gestalt-thérapie, Eric Berne et l’Analyse Transactionnelle, plus récemment, Irvin Yalom et la thérapie existentielle. En Europe : Paul Diel et la psychologie de la motivation, Viktor Frankl et la logothérapie…
L’hypnose thérapeutique moderne, notamment l’hypnose ericksonienne développée dans les années 1950-60, s’inscrit également dans la logique humaniste : centrée sur la personne et ses ressources internes, elle favorise le changement et l’autonomie. Les valeurs associées à ce courant influencent ceux qui vont émerger après lui.
Même si certaines restent analytiques, on parle alors de psychothérapie plutôt que de psychanalyse. Le cadre peut être co-construit avec le patient, la séance se déroule sur le mode de l’échange, en face à face.
Fin des années 50 à 1970, émergence des thérapies comportementales et cognitives
Les thérapies cognitives, dites TCC, dont les précurseurs sont Beck et Ellis, reprennent certains principes du comportementalisme, mais en y intégrant les pensées, les émotions, les valeurs, le vécu, c’est ce qu’indique l’ajout « cognitif ». Ce n’est plus seulement ce que la personne fait, mais aussi ce qui se passe en elle qui est pris en compte. Elles sont classées dans les thérapies dites brèves (20 à 25 séances). Même si l’accompagnement peut se faire au long cours dans certains cas, comme dans certains suivis de bipolarité.
À partir des années 1980, les thérapies centrées sur le trauma
EMDR, EFT (tapping), puis Somatic Experiencing, IFS, TIST, s’appuient notamment sur la théorie Polyvagale de Stephen Porges et appartiennent à un mouvement en plein essor, qui part du constat qu’un choc peut affecter le système nerveux et avoir des répercussions même à long terme sur l’équilibre de la personne. Ces thérapies cherchent à rétablir l’unité et la sécurité intérieure, en travaillant avec le corps, les sensations et la mémoire émotionnelle. Elles sortent du champ de la psychologie pure pour s’adjoindre à d’autres pratiques psychocorporelles, l’ostéopathie, le yoga… Francine Shapiro, Richard Schwartz, Janina Fisher, le Dr Peter Levine en sont des figures.
